Points de vue 2006
Orientation future de la production énergétique agricole
Point de vue du 20 décembre 2006
La dépendance vis-à-vis des importations de produits énergétiques fossiles, ainsi que la pénurie prévisible dans l'approvisionnement en énergie représentent le talon d'Achille des pays occidentaux, dont la Suisse, et de leurs secteurs secondaire et tertiaire. Nous savons aussi que la demande en énergie est encore appelée à augmenter. En raison de la forte croissance des économies émergentes comme l'Inde ou la Chine, d'une part, et du fait que les nations industrielles sont de plus en plus gourmandes en énergie, d'autre part, l'Agence internationale de l'énergie part du principe que la consommation énergétique au niveau mondial va progresser de plus de 50% d'ici 2030. Cette augmentation de la demande se répercutera immanquablement sur les prix de l'énergie, et la Suisse sera directement touchée. A cela vient s'ajouter le fait que les effets négatifs des énergies fossiles sur l'environnement sont de plus en plus tangibles. Autant de bonnes raisons pour corriger et réorienter la politique énergétique.
Les énergies renouvelables produites par l'agriculture et la sylviculture pourront-elles contribuer à résoudre ce problème énergétique? La production durable d'énergie offre à l'agriculture des perspectives intéressantes, car celle-ci est en mesure de fournir de la chaleur, de l'électricité et des carburants. L'agriculture deviendrait ainsi un partenaire fiable pour un approvisionnement énergétique propre et décentralisé. Les énergies renouvelables sont triplement bénéfiques: elles augmentent la sécurité de l'approvisionnement, génèrent une valeur ajoutée plus élevée et préservent l'environnement. L'utilisation du potentiel existant dépend en premier lieu du cadre politique. D'importantes décisions politiques engageant le futur ont été prises au cours de la dernière session parlementaire.
Avec la modification de la loi fédérale sur l'imposition des huiles minérales, les carburants renouvelables sont exemptés de la taxe sur les huiles minérales et donc soumis à un régime fiscal préférentiel. Le Conseil fédéral a proposé que l'on applique l'égalité de traitement aux carburants bio suisses et étrangers. Mais, pour l'Union Suisse des Paysans, le Conseil fédéral a omis de prendre en compte certains éléments, respectivement objectifs essentiels de la politique énergétique suisse, à savoir: l'augmentation de l'efficacité énergétique, le renforcement de l'autonomie vis-à-vis des importations énergétiques et la garantie d'une valeur ajoutée au niveau national. Aussi la proposition du Conseil fédéral a-t-elle été rejetée par l'USP. L'USP table sur un mélange judicieux de ressources énergétiques qui permette à la politique énergétique suisse de satisfaire les exigences en matière de sécurité de l'approvisionnement, de rentabilité, mais aussi de politique environnementale et climatique.
Le Président de l'USP, Hansjörg Walter, a défendu avec brio les intérêts et les avantages de la production indigène au Conseil national. La première chambre a préconisé clairement une limitation quantitative des carburants bio importables en franchise, manifestant ainsi clairement sa volonté de promouvoir les carburants bio indigènes. Le Conseil des Etats a suivi dans une large mesure le Conseil national pendant la session de décembre. Les signes du temps ont été perçus, la production indigène de carburants bio doit avoir de vraies chances vis-à-vis des importations, et bénéficier d'un certain soutien pendant la phase importante du démarrage. Il reste encore quelques divergences à régler, ce qui sera fait pendant la session de printemps 2007. Il convient ici de mentionner le rôle constructif joué par le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz, qui s'est montré très ouvert à l'idée d'utiliser la production énergétique indigène, dont il a reconnu la légitimité des intérêts et le droit au soutien.
Enfin, les énergies renouvelables ne sont pas bénéfiques uniquement à l'environnement, à l'agriculture ou à la sylviculture. Les investissements correspondants participent aussi à la création d'emplois supplémentaires - principalement dans les régions rurales. Avec l'évolution actuelle, nous sommes sur la bonne voie pour créer une politique énergétique suisse durable et favorable à l'économie. Je suis convaincu que les agriculteurs innovants sauront saisir les chances données par le Parlement et généreront ainsi une valeur ajoutée pour eux-mêmes et pour leur région, et donc pour l'ensemble de l'économie suisse.
Heinz Hänni, Expert en Energie, environnement et transport, Union Suisse des Paysans

