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Points de vue 2007

Les biocarburants sous pression

Point de vue du 24.05.07

Pendant longtemps, la presse a présenté les biocarburants comme la panacée pour résoudre les problèmes d'approvisionnement énergétique à l'échelle mondiale. Le vent a quelque peu tourné ces derniers temps. Les conséquences possibles du boom de l'énergie verte sur l'approvisionnement alimentaire mondial ainsi que le bilan écologique des biocarburants soulèvent désormais aussi des questions plus critiques. Une remise en question peut être tout à fait légitime, mais il ne faut pas oublier de faire la part des choses.

Le Parlement en faveur des biocarburants
Lors de sa session de mars, le Parlement a terminé ses délibérations au sujet de la loi sur l'imposition des huiles minérales. Selon la volonté du Parlement, les carburants issus de matières premières renouvelables (biocarburants) devraient être exonérés de l'impôt sur les huiles minérales sous certaines conditions. Parmi ces conditions figurent des exigences minimales à remplir pour qu'un écobilan global soit jugé positif.

Les possibilités et les limites d'un bilan écologique
L'écobilan est un instrument qui permet de mesurer l'impact environnemental d'un processus de production. Il faut toutefois savoir qu'un écobilan se fonde toujours sur une extrapolation de valeurs moyennes et qu'il repose sur de multiples hypothèses qui ne reflètent jamais totalement la réalité. Les résultats obtenus ne peuvent donc pas s'appliquer sans réserve au moment de prendre des décisions, car il n'est pas exclu que l'impact environnemental réel diffère de façon notable des valeurs moyennes obtenues suivant les régions ou les exploitations en question. Dans son rapport agricole 2003, l'Office fédéral de l'agriculture a démontré l'ampleur de cette variance. Ainsi, le bilan écologique de l'énergie nécessaire à la production d'un kilo de viande dans 52 exploitations a permis de déceler des variations de la consommation énergétique pouvant atteindre un facteur 5 entre l'exploitation la plus performante et l'exploitation la moins performante.

La publication, cette semaine, des résultats d'une étude commandée par plusieurs offices fédéraux et portant sur le bilan écologique des biocarburants a donné lieu à des critiques dans l'agriculture. Ces critiques découlent en premier lieu du résultat plutôt mauvais obtenu par le diesel de colza indigène dans les conditions prévues par cette étude. L'USP tente pour l'heure d'établir si ce mauvais résultat est justifié ou non.

Cette étude isolée, dans laquelle le diesel de colza ne fait d'ailleurs pas si piètre figure (c'est selon les points de vue : réduction des gaz à effet de serre de plus de 30% par rapport au diesel fossile, meilleurs résultats sur les plans du smog et de l'écotoxicité, malgré de moins bons résultats en ce qui concerne l'acidification et l'eutrophisation), ne saurait être le seul point de référence de l'administration pour régler l'exonération de l'impôt sur les huiles minérales. Il faudra aussi tenir compte du contexte plus large et de la réalité politique.

Le colza : bon pour la salade, mauvais pour la voiture ?
Pour l'USP, la communication autour de ce sujet avec la population est une affaire particulièrement délicate. Quel que soit l'emploi fait du colza, sa culture doit répondre aux exigences des prestations écologiques requises en toutes circonstances. Comment comprendre que le colza qui assaisonne les salades, apprécié comme ingrédient sain et de surcroît issu d'une production indigène durable et écologique, devienne une menace pour l'environnement quand il alimente les moteurs ?

Pas seulement en Suisse mais aussi ailleurs en Europe, l'écobilan des biocarburants a provoqué des débats intenses. L'Europe est le premier producteur mondial de biodiesel (elle assure 90% du volume produit à l'échelle planétaire) et en encourage la production. Plus de 60% des produits à base d'huiles minérales consommés en Suisse proviennent de l'Union européenne. A moyen terme, un label européen pour les biocarburants devrait voir le jour. La Confédération souhaite-t-elle vraiment installer une différence avec l'Union européenne, alors que tous les efforts convergent pourtant vers une uniformisation des normes ?

Dans le domaine de la production de biocarburants, la Confédération a autorisé plusieurs exploitations pilotes pour le diesel de colza par le passé et les avaient exonérées d'impôt. Comment dès lors annoncer aux producteurs et à l'ensemble de la population qu'une exonération d'impôt est tout d'un coup devenue injustifiable ?

L'administration devra faire face à ces questions. L'USP attend les réponses avec impatience.

Jacques Bourgeois, directeur USP

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