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Points de vue 2008

OMC: de la cohérence SVP !

Point de vue du 5 août 2008

Suite à l’interruption des négociations à l’OMC la semaine dernière à Genève, l’USP s’est déclarée soulagée. Pour elle, mieux vaut pas d’accord qu’un mauvais accord. A ce titre, un accord faisant perdre aux exploitations agricoles de notre pays environ la moitié de leur revenu n’est pas acceptable. Ceci d’autant plus encore que les coûts de production augmentent, suivant l’évolution générale des cours des matières premières. Le Président de la République française, Nicolas Sarkozy, tout comme les ministres des pays en voie de développement par la voix du ministre Indien, ont mentionné qu’ils ne signeraient pas un tel accord aussi défavorable à leur agriculture. La Suisse, représentée par la Conseillère fédérale Doris Leuthar, était prête quant à elle à faire d’importantes concessions dans le domaine agricole. Doris Leuthard ne cachait pas l’impact important de cet accord dans le domaine agricole en citant la disparition de près de 30% des exploitations agricoles, mentionnant même qu’elle était triste pour l’agriculture suisse… Ce n’est pas de compassion dont nous avons besoin mais bien de fermeté dans les négociations afin de préserver nos intérêts. Au dire de certains, un accord aurait été profitable à l’ensemble de l’économie. Sans contester ce fait, le sacrifie que nous devions concéder en valait-il la chandelle ? Est-ce que le meilleur accès aux produits industriels et aux services était aussi mirobolant pour que des concessions de cette importance soient faites dans notre secteur ? A ce jour, nous ne disposons pas d’informations à ce sujet nous permettant de répondre à ces questions. L’échec de cette phase de négociations est venu de l’Inde qui voulait absolument préserver son agriculture des importations massives par le biais d’une application restrictive de la clause de sauvegarde. Les USA quant à eux s’opposaient fermement à l’application restrictive d’une telle clause pour les pays en voie de développement. Les problèmes du coton et des bananes n’étaient quant à eux toujours pas réglés, tout comme la prise en considération des appellations d’origine. Après cet échec, quel n’a pas été notre étonnement d’entendre les critiques, à notre avis déplacées, que Doris Leuthard a formulées envers notre Union. Il est étrange de voir comment l’agriculture est instrumentalisée comme bouc émissaire lors de chaque échec, que ce soit au niveau multilatéral ou bilatéral. D’un côté, on demande aux agriculteurs d’ être plus compétitifs, de se préparer à des marchés plus ouverts et d’un autre côté, le même département érige des prescriptions encore plus draconiennes, comme par exemple au niveau de l’ordonnance sur la protection des animaux et sur les épizooties ou dans le domaine des PER. L’USP est consciente que nos frontières s’ouvrent. Malgré cette pause à l’OMC, nous ne devons pas relâcher nos efforts. Au contraire, nous devons pleinement utiliser à bon escient ce répit. Nous devons continuer à rationaliser nos outils de production, innover, valoriser au mieux nos produits, restructurer nos marchés, la défense professionnelle et adapter notre législation pour permettre aux exploitants d’être plus concurrentiels. S’arrêter au milieu du gué n’est pas la solution. Revenir en arrière et croire que nous pourrons accroître notre degré de protection à la frontière, c’est faire fausse route. La seule voie possible est de continuer à regarder devant soit, vers l’autre berge, et faire des pas sûrs, avoir une approche pragmatique et non vouloir faire un grand pas qui risque de nous déséquilibrer, nous faire tomber à l’eau et nous faire boire la tasse si ce n’est de nous noyer ! Pour cela, nous attendons du Département fédéral de l’Economie et particulièrement de son chef, qu’il évite de faire un grand pas et qu’il mette toute son énergie à faire ces petits pas au travers d’une politique plus cohérente. Nous attendons une défense de tous les secteurs économiques, quelle que soit leur contribution au produit intérieur brut, car certains secteurs économiques, et cela vaut particulièrement pour l’agriculture, ne se réduisent pas à quelques chiffres. Leur importance va bien au-delà du 1% du PIB !

Jacques Bourgeois, Directeur de l’Union Suisses des Paysans

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