Points de vue 2008
« Un papier bon pour la poubelle »
Point de vue du 10 décembre 2008
Le scénario semble vraiment grotesque. C’est précisément au moment où l’on débat au Parlement des aides à octroyer à l’UBS qu’Avenir Suisse, qui ne se trouve qu’à quelques centaines de mètres de là, choisit de présenter sa dernière publication intitulée « Les mythes de la politique agricole ». L’UBS, maintenue à flot grâce aux subsides de l’Etat, faisait partie des bailleurs de fonds qui en 2000 ont fondé Avenir Suisse avec un financement de 54 millions. Sur les 6 millions de francs du budget annuel d’Avenir Suisse, quelle est aujourd’hui la part financée par l’UBS ? À cette question Avenir Suisse ne veut naturellement pas répondre, car cela pourrait donner à penser qu’Avenir Suisse reçoit indirectement des aides de l’Etat alors qu’elle les dénonce par ailleurs.
La machine à penser de l’économie et de la haute finance s’attaque une fois de plus à l’agriculture en déclarant lors d’une conférence de presse que « la population suisse a une opinion erronée de l’agriculture » (sic). Ce faisant, elle conteste purement et simplement la maturité et la capacité de jugement des électeurs et électrices suisses qui ont défini la politique agricole par des voies tout à fait démocratiques, à savoir par des votations et décisions parlementaires. Il s’agit par là de détourner l’attention, manœuvre on ne peut plus grossière.
Jetons malgré tout un coup d’œil à ce papier. On comprend tout de suite ce qu’il faut penser du « Plaidoyer pour un débat plus objectif ». Quand on commente les prix sans un mot sur le pouvoir d’achat, on occulte purement et simplement les aspects les plus importants. Les mutations structurelles sont minimisées. Il faut carrément prendre un siècle entier comme référence pour arriver à un chiffre bas. Et puis, qu’y a-t-il de mal à ce que les mutations structurelles s’accompagnent de mesures sociales. La perte de 35 000 existences paysannes au cours des 15 dernières années a été un grand sacrifice et a eu des répercussions non négligeables sur les zones rurales. On sait bien qu’Avenir Suisse n’en a cure parce sa vision est celle d’une Suisse urbanisée comptant quelques centres économiques florissants et dont les zones marginales et montagnardes appartiennent aux loups, ours et autres lynx. Elle nie également les prestations écologiques. Et pourtant nombre d’études prouvent le contraire. À partir de là ce n’est même plus la peine de poursuivre la lecture.
Depuis la publication de « Der befreite Bauer » (Liberté pour les agriculteurs), qui n’a pas bénéficié d’une grande considération, il semble que l’intérêt pour les publications d’Avenir Suisse en matière de politique agricole soit définitivement proche de zéro. Mis à part trois journalistes agricoles obligés d’être présents pour des raisons professionnelles et d’une journaliste de la maison d’édition publiant la brochure, il ne s’est trouvé qu’un seul (!) journaliste pour assister à la conférence de presse.
Avenir Suisse se voit surtout dans un rôle de fer de lance devant aider le libéralisme à effectuer sa percée. Nous avons été les témoins ces derniers mois du douloureux exemple où nous conduit une telle évolution. Une machine à penser et à idées se devrait de développer des solutions constructives pour l’avenir de notre pays et non de remettre en question de façon fanatique un secteur économique si important pour les régions rurales. En fin de compte, on peut se poser la question de savoir pendant combien de temps encore la haute finance et l’économie continueront à se payer le luxe de financer une institution superflue qui produit des publications sans grand intérêt, ne méritant rien d’autre que de finir à la poubelle.
Urs Schneider, directeur-adjoint, responsable de la communication USP


