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Points de vue 2011

L’herbe n’est pas plus verte chez le voisin

Point de vue du 07 septembre 2011

S’il n’en allait pas de l’avenir de notre agriculture, l’histoire ferait rire. Le ministre helvétique en charge de l'agriculture invite à un colloque pour discuter des défis qui attendent l’agriculture en Suisse et en Autriche. Il y fait l’éloge de l’agriculture autrichienne comme étant exemplaire. Et que fait sont homologue autrichien ? Il se répand en propos élogieux pour la nôtre ! Pour tous les deux, l’herbe qui pousse chez le voisin est apparemment bien plus verte…

Monsieur le Conseiller fédéral, nous trouvons absolument déplacé de votre part de présenter les paysans autrichiens comme modèle pour leurs confrères suisses, qui seraient à vos dires moins bons entrepreneurs, et à qui vous reprochez de ne pas exploiter suffisamment les possibilités de revenu tiré d’activités secondaires. De tels propos discréditent indirectement notre agriculture. Vous posez en public la question de savoir comment les Autrichiens ont réussi à s’imposer sur le marché agricole européen, et cela sans protection à la frontière. Depuis l’année de leur entrée dans l’UE, en 1995, leurs exportations de fromage ont plus que triplé. La diversification n’est certainement pas étrangère à ce succès : en Autriche, un lit d’hôte sur sept se trouve dans une ferme, et la part des domaines exploités à titre accessoire est deux fois plus élevée que chez nous.

Que voulez-vous dire par là, Monsieur le Conseiller fédéral ? Trouvez-vous la situation en Autriche enviable, où l’agriculture ne peut plus faire vivre ceux qui la pratiquent, où elle en est réduite à devenir une simple activité de loisir ? Que deux tiers de tous les exploitants aient besoin d’un revenu d’appoint en dehors de l’agriculture ? Que les femmes restent à la maison pour faire tourner l’exploitation et que les hommes aillent exercer ailleurs un « véritable » travail rémunéré ? Votre vision, Monsieur le Conseiller fédéral, nous inquiète au plus haut point. Nous profitons déjà du prétendu « miracle des exportations », cadeau du libre-échange, grâce à la libéralisation du commerce du fromage : au moindre nuage venant assombrir l’économie, notre fromage devient trop cher, les ventes battent de l’aile et le fromage importé inonde le pays. Quant au prix du lait, il continue de baisser.

Dans l’agriculture, le revenu du travail est actuellement de respectivement 34 pour cent (région de plaine) et 61 pour cent (région de montagne) inférieur à celui qui est enregistré dans les secteurs comparables. Ce sont là les chiffres de l’année 2010, recensés par votre station de recherche et publiés cette semaine. Dans les régions de montagne, précisément, une grande partie des paysans sont déjà maintenant obligés d’avoir une autre source de revenu à côté de leur exploitation. Ne parlons pas de l’énorme charge de travail que cela représente et de ses retombées sur la santé. Mais honnêtement, Monsieur le Conseiller fédéral, est-ce que vous travailleriez à 150 % pour un salaire de 39 100 francs (l’équivalent du revenu moyen d’une unité de main-d’œuvre familiale) ? Le fait qu’un si grand nombre d’agriculteurs aient choisi cette voie témoigne justement de leur passion pour leur ferme et leur métier. Nous vous saurions gré d’apprécier un peu mieux le travail de nos paysans. N’allez pas regarder ailleurs, l’herbe n’est pas plus verte chez le voisin (c’est plutôt le contraire, comme nous l’enseignent nos contacts suivis avec les paysans autrichiens) ! Montrez plutôt de véritables perspectives pour l’agriculture helvétique !

Urs Schneider, directeur adjoint et responsable de la communication, Union suisse des paysans

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