Points de vue 2011
Le risque du libre-échange subsiste
Point de vue du 20 juin 2011
Comme l’ont abondamment développé les médias ces dernières semaines, le Cycle de Doha de l’OMC vit une crise d’identité. Peut-être même a-t-il totalement échoué. Cette année, il faut s’attendre au plus à certaines négociations sectorielles qui ne concernent pas l’agriculture. À l’OMC le dossier agricole est donc hors-champ. De plus, il ne va rien se passer l’année prochaine en raison des élections aux États-Unis. Par ailleurs, il est toujours peu vraisemblable que des géants à croissance rapide, tels que la Chine et l’Inde, tout comme leurs partenaires à égalité dans les négociations, s’accordent sur des bases de négociation datant de 10 ans. Entre-temps en effet, en 2008 pour être précis, le monde a connu une crise alimentaire. Et les prix des produits agricoles connaissent actuellement une nouvelle hausse. Par conséquents, de nombreux États font preuve de prudence vis-à-vis d’un libre-échange sans conditions.
Une chose est sûre : En Suisse, nous pouvons assurer notre alimentation même en cas d’augmentation des prix. De ce point de vue, la Suisse devrait s’engager en faveur du commerce agricole, puisqu’elle est largement dépendante des importations. Toutefois, il s’agit-là seulement d’un côté de la médaille, car le libre-échange affaiblit la production indigène et augmente par conséquent la dépendance de l’étranger. C’est pourquoi le Parlement agit avec prudence. Durant la session écoulée, le Conseil national a donné un signal en adoptant la motion Joder, qui demande l’interruption des négociations sur un accord de libre-échange agroalimentaire avec l’UE. Mais cet automne, le Conseil des États devrait être plus difficile à convaincre.
Même si le risque d’un accord de libre-échange global est écarté, que ce soit à l’OMC ou avec l’UE, nous devons rester vigilants. Car avec la crise du multilatéralisme, c’est le bilatéralisme qui reprend du poil de la bête. Ainsi, le Conseil fédéral a-t-il conclu et conclut-il encore des accords de libre-échange en veux-tu en voilà. Le 1er juillet prochain, ce sont de tels accords avec la Colombie et le Pérou qui entreront en vigueur. Par ailleurs, des négociations sont en cours avec la Chine, l’Indonésie, l’Inde et la Russie, pour ne citer qu’elles. Des négociations qui pourraient entraîner des conséquences pour l’agriculture. Or, cette dernière ne ferait pas le poids face aux avantages d’un accord avec la Chine dans les domaines des services et de la protection de la propriété intellectuelle. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que même des violations des droits humains ou des atteintes massives à l’environnement ne jouent aucun rôle face à l’énormité des perspectives de profits.
Ajoutons pour terminer que les négociations bilatérales sont beaucoup moins transparentes que les négociations multilatérales, celles de l’OMC par exemple. Ce n’est qu’à la toute fin que l’on discute des concessions dans le domaine agricole. Ce qui rend pratiquement impossible toute intervention de l’USP visant à influer sur le résultat des négociations. C’est pourquoi c’est en amont déjà que nous devons entretenir des contacts informels avec les responsables, exprimer nos objections et faire notre travail de persuasion. Pour notre part, nous ne lâcherons pas le morceau !
Beat Röösli, spécialiste en relations internationales, Union suisse des paysans,

