Contenu - 28.11.17 Vue d'ensemble

Repenser la Vue d’ensemble

Communiqué de presse de l’alliance pour une agriculture durable du 28 novembre 2017

Une alliance pour une agriculture durable estime que la Vue d’ensemble représente une piste encore très perfectible pour continuer le développement de la politique agricole suisse. L’alliance demande au Conseil fédéral de revoir sa copie, de tenir compte des trois dimensions de la durabilité et du mandat précis qu’il s’est vu confier le 24 septembre dernier.

La Vue d'ensemble du développement de la politique agricole, présentée par le Conseil fédéral le 1er novembre dernier, compromet les acquis de la politique agricole des 25 dernières années en voulant abaisser la protection douanière et n’offre aucune perspective aux familles paysannes de Suisse. Née de cette conviction partagée, une alliance pour une agriculture durable a exigé aujourd’hui une nouvelle base de discussion de la part du Conseil fédéral. Francis Egger, responsable du département Economie, formation et relations internationales à l'USP, a mis le doigt sur les nombreuses contradictions du rapport : « Nous ne pouvons pas rivaliser avec les prix à la production de l’UE, tout en supportant le niveau des coûts en Suisse et en répondant à des exigences encore plus élevées en matière de performance environnementale et de bien-être animal. Les prix à la consommation ne baisseront pas. D’autant plus qu’il est prévu de financer le tout par une hausse de la TVA. » En outre, le rapport serait en totale contradiction avec la votation du 24 septembre dernier sur la sécurité alimentaire.

Des importations durables pour compléter la production indigène
Hansuli Huber, le directeur de la Protection Suisse des Animaux (PSA), l’a confirmé : « Comme la plupart des 78,7 % ayant voté oui le 24 septembre, nous, les amis et les protecteurs des animaux, comptons maintenant sur un renforcement d'une agriculture paysanne, proche de la nature et respectueuse des animaux. » La PSA estime que les denrées alimentaires importées doivent compléter l’offre alimentaire indigène et non pas la concurrencer. Et elles devront provenir d’une production durable à l’avenir. Le commerce mondial sans bornes de produits bon marché issus d’exploitations industrielles et de fabriques d’animaux fait beaucoup de perdants. Maya Graf, conseillère nationale verte, agricultrice bio et coprésidente de Hochstamm Suisse et de l’initiative pour des aliments équitables, déplore aussi que le rapport ne lâche pas un mot sur le commerce équitable : « La mise en œuvre de l’article 104a demande en toutes lettres des relations commerciales durables, le Conseil fédéral ne peut pas simplement l’ignorer. En plus, je ne vois aucun développement de l'agriculture biologique ou des prestations écologiques, par exemple pour les arbres haute-tige, dans le rapport. Nous avons réalisé beaucoup de choses ces dernières années dans la protection de l’environnement et des animaux, nous ne devrions pas y renoncer. Nos efforts doivent se poursuivre, en Suisse comme à l'étranger! »

Le secteur aval de l’industrie alimentaire aussi touché
La Vue d’ensemble ne concerne pas que l’agriculture, mais aussi le premier échelon de la transformation. Les meuneries et les sucreries vont aussi disparaître de notre pays si les matières premières correspondantes ne sont plus produites sur place. Une crainte confirmée par Hansjörg Knecht, minotier et conseiller national : « Au lieu des céréales, nous importerions de la farine à moyen terme. Or, de par leurs structures décentralisées de stockage et de transformation, nos meuneries contribuent de manière décisive à garantir l’approvisionnement de la population en aliments de base. La Vue d’ensemble remet en question cette prestation. »

Lourde menace pour la diversité et la durabilité de la production suisse
Divers représentants paysans ont exposé d’autres corollaires négatifs des plans du Conseil fédéral lors de la séance d’information pour les médias. Anne Challandes, membre du comité de l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales, se fait du souci pour la durabilité sociale : « Nous, les familles paysannes, travaillons déjà beaucoup pour un maigre gain aujourd’hui, ce qui affecte notre satisfaction et notre vie de famille au quotidien. La résistance de nos familles paysannes n'est pas infinie. » Elle a demandé que l’agriculture ne soit plus mesurée à l’aune de sa compétitivité, mais avant tout de sa capacité à nourrir la population. Cette capacité diminuera beaucoup faute de protection douanière efficace, en particulier dans le cas des fruits et des légumes, comme l’a souligné Jimmy Mariéthoz, le directeur de l’Union maraîchère suisse : « Nous aussi, nous voulons générer de la valeur ajoutée sur le marché et encourager le développement des entreprises. Pour atteindre ces objectifs, la production maraîchère suisse a toutefois besoin d’une protection douanière efficace, car nos coûts de production sont beaucoup plus élevés qu’à l’étranger en raison du niveau des salaires. » Les petites et moyennes exploitations, prédominantes en Suisse orientale et centrale ainsi que sur une grande partie du Plateau et dans les régions de montagne, figureront parmi les plus touchées. Josef Infanger, paysan de montagne à Engelberg, a rappelé les prestations fournies par ces exploitations. Dans le canton d’Obwald, une exploitation moyenne couvre 12 hectares : « Chez nous, presque tout le monde doit exercer une activité accessoire pour survivre. Nous entretenons malgré tout le paysage et de nombreuses surfaces d’estivage, des atouts essentiels pour le tourisme. Ce secteur a besoin de nous, par exemple aux remontées mécaniques, comme patrouilleurs des pistes ou pour nos bras. Qu'adviendra-t-il de nos régions, si nous disparaissons tous au profit de la rationalisation ? »

Manque de perspectives
Le manque de perspectives pour les jeunes agricultrices et agriculteurs dans le rapport du Conseil fédéral a aussi suscité les critiques de Christian Schönbächler, le président de la Commission des jeunes agriculteurs. Lui-même est sur le point de reprendre la tête d’une ferme à Einsiedeln (SZ), dans une région dominée par des petites et moyennes exploitations et où la topographie demande beaucoup de travail manuel. « Avant la votation, le Conseil fédéral nous a promis de vouloir maintenir le taux d’auto-approvisionnement actuel en Suisse. Son rapport rompt cette promesse et sème le doute parmi les jeunes agriculteurs. Qui ose encore investir beaucoup de temps et d’argent dans des innovations face à de telles perspectives d’avenir ? », s’interroge-t-il. Markus Ritter, le président de l’Union suisse des paysans, a fait comprendre que l'organisation faîtière de l’agriculture suisse n’accepte pas le rapport comme base de discussion : « La semaine dernière, notre base a décidé à l’unanimité de le renvoyer au Conseil fédéral pour qu’il revoie sa copie. » Et de préciser que la protection douanière favorise le développement de l’entrepreneuriat requis, et non pas l’optimisation des paiements directs. « Elle n'affecte guère les consommateurs : les Suissesses et les Suisses sont ceux qui consacrent la plus petite part de leur revenu disponible pour se nourrir. » En outre, il n’y a aucune urgence à abaisser la protection douanière en regard de la situation à l’international et de la conjoncture actuelle en Suisse. Le président de l’USP a condamné l’intention du Conseil fédéral de sacrifier sans nécessité l’agriculture suisse. Jacques Bourgeois, le directeur de l’USP, a souligné que l’USP est toutefois prête à reprendre la discussion sur une nouvelle base.

Une nouvelle base est indispensable
L’alliance s’accorde pour dire qu’une agriculture durable représente son objectif commun. Durable pour le bien-être animal et la protection de l’environnement en Suisse et à l’étranger, durable pour la diversité des structures et des branches de production en Suisse, durable en ce qui concerne la situation économique et sociale des familles paysannes et durable avec des perspectives d’avenir pour les jeunes agriculteurs. Le Conseil fédéral est appelé à saisir cette balle au bond et à poursuivre le développement de la politique agricole dans ce sens.

 

Renseignements :

  • Markus Ritter, président de l’Union suisse des paysans, tél. 079 300 56 93
  • Jacques Bourgeois, directeur de l’Union suisse des paysans, tél. 079 219 32 33
  • Francis Egger, responsable Economie, formation et relations internationales à l’USP, tél. 079 280 69 66
  • Hansuli Huber, directeur de la Protection Suisse des Animaux, tél. 076 378 60 70
  • Maya Graf, coprésidente de Hochstamm Suisse et de l’initiative pour des aliments équitables, maya.graf@anti-clutterparl.ch
  • Hansjörg Knecht, directeur Knecht Mühle AG, tél. 056 247 11 44
  • Jimmy Mariéthoz, directeur de l’Union maraîchère suisse, tél. 079 212 31 30
  • Anne Challandes, membre du comité de l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales, tél. 079 396 30 04
  • Christian Schönbächler, président de la Commission des jeunes agriculteurs, tél. 078 862 27 20
  • Josef Infanger, paysan de montagne à Engelberg, tél. 079 515 28 11

Commentaires

Rédiger un nouveau commentaire