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Gros plan sur l’agriculture

La sécheresse extrême, qui a entraîné des complications dans l’affourragement, et le flot d’initiatives agricoles ont dominé l’année 2018. L’Union suisse des paysans reste sollicitée. 

Chères paysannes, chers paysans,

Un proverbe dit que Paris ne s’est pas fait en un jour. Nous ne parviendrons pas non plus à relever en un jour les défis qui nous attendent, car ils requièrent beaucoup de persévérance et un effort commun. L’année passée, l’agriculture a dû faire face à une véritable déferlante d’initiatives la concernant. Au premier semestre, les initiatives « Pour une eau potable propre » et « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse » ont abouti. Ensuite, c’est la récolte de signatures pour l’initiative « Non à l’élevage intensif en Suisse » qui a débuté. Enfin, le peuple s’est exprimé sur les initiatives pour des aliments équitables et la souveraineté alimentaire en septembre, puis sur l’initiative pour les vaches à cornes en novembre. 
D’où provient cet intérêt pour notre travail ? Pourquoi notre agriculture suisse, pourtant exemplaire, semble satisfaire de moins en moins aux exigences de la société depuis quelque temps ? Et pourquoi de plus en plus de personnes voient notre travail d’un si mauvais œil ? Nous avons intérêt à traiter ces questions, car nous devons d’abord les comprendre pour donner les bonnes réponses, dissiper les doutes et renforcer la confiance. 
La méconnaissance croissante de l’agriculture dont les Suisses font preuve constitue un début d’explication. Ce n’est pas un hasard si les grandes villes ont voté « oui » à l’initiative pour les vaches à cornes : c’est justement la population urbaine qui ignore tout de la pratique agricole en Suisse et de ses tenants et aboutissants. De nos jours, nombreux sont ceux qui n’ont plus de connaissances ou de proches encore actifs dans l’agriculture. Par conséquent, des affirmations à l’emporte-pièce de la protection de l’environnement et des animaux suffisent à les faire douter. Au final, ils s’imaginent des problèmes graves qui n’existent pas sous cette forme. Ils sont d’ailleurs tout aussi enclins à approuver des solutions prétendument simples et à rejeter la faute sur une seule personne. Le fait de vivre dans une société de l’abondance les détourne encore un peu plus du véritable enjeu. Les besoins de base de la majorité des Suisses sont satisfaits. Dans notre pays, presque personne ne connaît la faim. 

Pour renforcer la confiance, nous devons fournir plus d’informations et rendre notre engagement visible

Notre action visant à convaincre la population que ni l’initiative pour une eau potable propre, ni celle contre les produits phytosanitaires de synthèse n’est la bonne solution a déjà commencé. Nous voulons saisir chaque opportunité que nous offrira 2019 pour informer la population. En ce sens, nous devons montrer ce que nous faisons. Nous devons aussi prouver de manière crédible que nous sommes prêts à nous améliorer. Pour ce faire, nous sommes tributaires de toutes les familles paysannes et des ambassadeurs de l’agriculture. Profitez de chaque occasion pour montrer à la population non agricole ce qu’il adviendrait en cas d’acceptation des initiatives : des prix plus élevés et un choix limité de produits indigènes. Sans oublier une recrudescence des problèmes environnementaux à l’étranger.

Les diverses attaques contre la protection douanière ont été un autre fait marquant de 2018. Tout a commencé par la scandaleuse Vue d’ensemble sur la politique agricole, dans laquelle le Conseil fédéral remettait en cause, sans aucune raison, notre agriculture. Nous sommes parvenus à faire en sorte que la Parlement la rejette. En automne, les rapports d’Avenir Suisse et d’economiesuisse sont entrés dans la ronde du démantèlement de la protection douanière. Ces rapports devaient préparer le terrain pour les nombreuses négociations de la Confédération sur le libre-échange. Outre les relations commerciales avec les États du Mercosur, l’Indonésie, la Malaisie, la Russie et l’Inde, le libre-échange avec les États-Unis est revenu sur la table. 

La faible création de valeur sur le marché est un problème majeur

Force est d’admettre que tous les critiques ont raison sur un point : la faible création de valeur est un problème important. L’agriculture n’obtient qu’une infime partie de la valeur ajoutée répartie dans le secteur alimentaire. Il s’agit là d’un problème non pas suisse, mais mondial, qui tient en premier lieu à une structure de marché défavorable. Lorsque les coûts de production augmentent, le prix du produit en question fait de même. C’est partout le cas, sauf dans l’agriculture. En 2018, nous avons connu une sécheresse extrême. Changement climatique oblige, nous devons nous préparer à revivre plus souvent de telles conditions à l’avenir. Pendant l’été caniculaire, nombre de nos prairies et pâturages ont viré au jaune, et le maïs s’est flétri plus tôt que prévu. De nombreuses familles paysannes ont dû puiser dans les réserves d’hiver pour nourrir leurs animaux et, par la suite, acheter du fourrage au prix fort. Et qu’a fait le prix du lait ? Il n’a pas bougé d’un pouce. La hausse des coûts de production semble être notre problème à nous tous seuls. C’est en partie compréhensible, étant donné que les quantités n’ont pas diminué malgré le manque de fourrage. Tant que nous produisons plus de lait que nous pouvons en vendre à bon prix, nous ne devons pas nous attendre à des prix plus élevés sur le long terme. Moins signifie plus, comme en témoignent d’autres marchés, par exemple celui des fruits. Lors d’une année moyenne, il reste en fin de compte bien souvent plus dans le portemonnaie que lors d’une année record, en raison des coûts de production moins importants et des prix de vente plus élevés. 

Plus de valeur ajoutée, de la stabilité dans les conditions cadres et moins d’administration : telles sont nos principales revendications pour la Politique agricole 22+, que le Conseil fédéral a mise en consultation en novembre. Comme première réponse, nous avons adopté une résolution lors de notre Assemblée des délégués. L’automne a vu paraître le message sur la révision de la loi sur l’aménagement du territoire pour les constructions en dehors de la zone à bâtir. Vu les obligations de rétablir l’état antérieur, les inscriptions de droits de gage, les compensations et les dispositions pénales qu’il contient, ce message a eu l’effet d’une bombe dans l’agriculture. 

Bonne nouvelle : à nouveau plus de jeunes en formation

Terminons sur une note positive. Depuis quelques années et en 2018 aussi, le nombre d’apprentis s’inscrit à la hausse dans tous les métiers du champ professionnel de l’agriculture. Nous tous savons qu’une main-d’œuvre qualifiée et motivée constitue la base d’un secteur agricole entrepreneurial et axé sur la production durable. Cette année, les SwissSkills ont également permis de se rendre compte du professionnalisme dont fait déjà preuve la relève agricole.

Il y aurait encore de nombreux autres thèmes à citer ici. Vous les trouverez dans la suite du présent rapport. Vous constaterez d’ailleurs qu’il arbore une nouvelle mise en page et présente un contenu épuré. Des informations très détaillées sur les objectifs que nous nous sommes fixés et les résultats que nous avons atteints en 2018 se trouvent désormais sur notre site web. Vous pouvez y accéder en lisant les codes QR à côté des contenus.

Chères paysannes et chers paysans, nous tenons à vous remercier de votre confiance et espérons que nous continuerons à la mériter à l’avenir. Les occasions de faire nos preuves ne manquent pas ! 

Markus Ritter, conseiller national et président de l’USP 

Jacques Bourgeois, conseiller national et directeur de l’USP